Faisons connaissance avec le lapin

Classification zoologique

Le Secteur sera peut-être étonné d’apprendre que cet animal, rongeur incontesté, ne fait pas partie de la famille des rongeurs. Au siècle dernier, pourtant, c’est là qu’on le classait. Mais en 1912, le lièvre (Lepus) et le Sapin (Oryctolagus) formèrent une nouvelle famille : les léporidés. Entre temps on a découvert que ces léporidés sont plus proches de certains onguidés que des rongeurs, par la composition de leur sang, par exemple. L’observateur qui connaît bien les deux types d’animaux constatera une autre différence de taille : les rongeurs utilisent les pattes avant comme outils de préhension, ce que ne peuvent faire ni les lapins ni les lièvres. Mais seuls les léporidés savent s’étirer comme les chats, ce qui est impossible aux rongeurs.

Le lapin n’est pas un lièvre

C’est vraiment dommage de les confondre. Pourtant ils ne se ressemblent qu’au tout premier coup d’œil, et mise à part leur prédilection pour les herbes et les carottes, ils n’ont pas grand-chose en commun.

Pourquoi les lapins sont-ils restés si proches de l’origine ?

Peu d’animaux domestiques sont restés si proches de l’origine et ont conservé autant de caractères de leurs ancêtres sauvages. C’est pour moi un mystère de voir comme ce petit animal, malgré tout ce que l’humain lui fait vivre, a su préserver ses mœurs originelles.

Pensez seulement à la foule des lapins expérimentaux qui disparaissent dans les laboratoires, sous prétexte de recherche médicale, mais aussi pour les cosmétiques ou les produits d’entretien. Ou bien aux lapins angoras qui, surtout en Chine et dans les pays de l’Est, sont enfermés par milliers dans des cages grillagées trop étroites, et doivent fournir jusqu’à leur dernier souffle la précieuse laine. Sans oublier les hérésies des éleveurs : lapins aux oreilles trop longues qui les empêchent de marcher, ou lapins auxquels on fait prendre du poids inconsidérément.

Et pourtant le lapin nain a su rester patient, doux, et calme, mais aussi plein d’énergie, d’ardeur et d’indomptable vitalité. C’est ce qui doit vous inciter, en tant qu’éleveur, à donner à votre lapin les moyens de se développer harmonieusement.

En sécurité sous la terre

A l’inverse du lièvre, le lapin creuse des terriers où il pourra se réfugier et où il élève ses petits. C’est dans ce foyer de choix que se déroule ia vie sociale du groupe. Les lapins sont des animaux très casaniers et possèdent un sens aigu de la hiérarchie. Dans chaque colonie {huit à quinze membres) règne un mâle dominant avec sa femelle comme un roi avec sa reine. La reine élève ses petits à l’intérieur du gîte, tandis que les lapines de second rang doivent se creuser un terrier un peu à l’écart.

Les lapins sont des animaux pacifiques qui ne se disputent ou se battent qu’entre eux :

  • Quand la femelle gestante défend son gîte contre une autre femelle.
  • Quand les jeunes mâles sont en rut.
  • Quand des congénères étrangers veulent pénétrer sur le territoire.

Dans ce cas, ces animaux, si paisibles d’ordinaire, vont se mettre à mordre et à griffer.

Le lapin s’adapte très bien et il s’est civilisé en suivant les humains jusqu’en ville. Il y vit dans les parcs, au bord des voies ferrées, dans les canalisations, sur les terrains vagues et les stades, derrière les tas de bois et les baraquements. Mais où qu’il soit, il lui faut la sécurité et la protection de son terrier, il lui faut des cachettes, et la convivialité des membres du groupe.

Voilà pourquoi il ne faut jamais introduire un lapin étranger sans préparation dans un groupe déjà constitué. Préparez-lui toujours un abri où il pourra se sentir en sécurité comme dans son terrier.

Une carte de visite odorante

Le lapin possède deux glandes odorifères avec lesquelles il marque son territoire. L’une se trouve sous la langue et exhale par de nombreux pores sous le menton un parfum auquel les humains ne sont pas sensibles (phérormone). L’autre glande est près de l’anus.

Il frotte son menton sur les objets ; c’est ainsi qu’il marque son territoire et fait comprendre à ses congénères : J’habite ici. C’est à moi ! Les lapins sauvages marquent les pierres, les branches, certains lieux particuliers et l’entrée des terriers. Les lapins domestiques marquent tes pieds des chaises et des tables, la cage, l’écuelle et l’abri. A l’intérieur du territoire qu’il a marqué, le lapin se sent en sécurité. Les mâles et les femelles dominants sont ceux qui marquent le plus.

Il marque son territoire aussi avec l’anus : grâce à leur glande anale, les lapins peuvent ajouter à volonté à leurs excréments une sécrétion, et laisser ainsi en guise de carte de visite des “enseignes chimiques”. Les chercheurs ont constaté que les lapins d’une même colonie ne se reconnaissent pas seulement à leur odeur commune familière, mais sont capables de “lire” dans les déjections d’où vient l’autre lapin, quel est son sexe ou son âge.

Le lapin n’est pas un poltron

“Humains, chiens, loups, lynx, chats, martres, belettes, renards, aigles, hiboux, corbeaux, corneilles, le premier autour venu, sans oublier les pies, tous ne pensent qu’à le dévorer », dit une poésie. Pauvre créature persécutée ! Mais les humains ne montrent que mépris pour l’animal qui fuit. On dit “poltron comme un lièvre”.

Les lapins et les lièvres sont-ils réellement peureux ? Dans la nature, ils y sont contraints, iis doivent fuir ou se cacher de leurs i ennemis. S’ils ne le font pas, ils se feront manger par les carnassiers.

Ce sont de véritables champions de la non-violence qui ne restent en vie que parce qu’ils savent très bien s’adapter, sont agiles et farouches. C’est par la peur que les lapins se protègent.

Mais quand les lapins se font dénicher par les furets ou se prennent dans les filets des chasseurs, ils meurent plusieurs heures plus tard du choc que leur a causé la frayeur dont ils n’ont pu se débarrasser. Pourtant le lapin n’est pas un poltron, c’est un être craintif, mais qui sait aussi être courageux. Les lapins et les lièvres ne prennent pas toujours la fuite. Un jour, en me promenant, j’ai vu un lièvre se jeter sur une corneille et la mettre en fuite. Je suppose que l’oiseau s’était attaqué aux petits sans défense, que la mère dépose dans un gîte en plein air. Ma lapine naine Mümmi, elle aussi, a fait preuve d’un courage exemplaire quand un énorme chien a surgi à côté de son abri. Comme une furie, la petite bête s’est jetée sur le monstre qui approchait et l’a mordu à la gueule. Elle ne pouvait pas savoir que le brave Bernie était seulement curieux, et pas méchant, elle n’aurait eu aucune chance si elle avait dû se battre. Le chien s’est retiré stupéfait, et est allé se faire consoler par sa maîtresse.

Langage de lapin : langage du corps

Si vous voulez comprendre votre lapin, il vous faut connaître son langage corporel car il n’émet que  peu de sons, et à voix très basse.

Il tape et tambourine avec les pattes arrière : expression de la peur, avertissement d’une menace. Les lapins sauvages frappent le sol violemment des pattes arrière quand des ennemis approchent pour avertir leurs congénères qui disparaissent en un éclair dans le terrier.

Il s’aplatit sur le sol et couche les oreilles : posture de camouflage, en cas de danger imprévu ou si un bruit soudain l’a effrayé. Attention, l’animal est capable de s’enfuir dans une crise de panique et d’aller se cogner au mur.

Il se dresse sur ses pattes arrière et « fait le beau » : pour les spécialistes, il “assure”. Cela lui permet de mieux voir par-dessus les obstacles (l’herbe haute), mieux flairer et mieux entendre. Mais l’animal se redresse aussi pour atteindre une nourriture dont il est friand (basses branches). Dans la cage, il se met debout et saute de joie quand on lui apporte à manger.

Il se roule : c’est qu’il se sent bien.

Il est accroupi, détendu, les oreilles dressées ; il se repose. Parfois les lapins émettent de petits bruits de contentement. Ne le dérangez pas ! Couché sur le flanc, les pattes étirées, les yeux à demi fermés : il a envie de dormir. Il s’étend ainsi quand il est épuisé ; et quand il fait très chaud, ou qu’il a beaucoup couru, il étire parfois les deux pattes vers l’arrière.

Il vous donne de petits coups de museau : c’est pour vous dire bonjour. Ou parce qu’il a envie de caresses.

Il repousse votre main d’un coup vif : pour vous dire qu’il en a assez d’être caressé.

Il agite les oreilles : je l’ai surtout remarqué chez les races de grande taille aux oreilles assez longues. Il veut vous dire “Ca suffit, j’en ai assez”. Par exemple quand vous venez de le brosser ou de le tondre, ou que vous le gardez trop longtemps dans vos bras.

Il vous lèche la main : il vous dit “merci” ou “je t’aime bien”. Pris par l’excitation de vos caresses, les lapins se mettent parfois à lécher le sol quand vous ôtez votre main. Ils se témoignent leur tendresse en se léchant mutuellement. C’est ainsi qu’ils entretiennent le contact.

Le corps tendu, la queue étirée, la tête en avant, les oreilles pointées en avant : signe d’attention, de curiosité, et de prudence. Par exemple quand il rencontre un autre lapin, avant d’aller le flairer.

Attention ! Si le lapin couche les oreilles en arrière, c’est signe d’agression. Il va peut-être attaquer et mordre.

Il frotte son menton sur les objets  : c’est pour marquer son territoire au moyen d’une glande odorifère qui se trouve sous la langue et sécrète par de nombreux pores une odeur imperceptible à l’homme. C’est ainsi qu’il marque son territoire et le signale à tous ses congénères.

Il mange ses déjections : il va les chercher à l’anus. Il s’agit des sécrétions de l’appendice, qui, à l’inverse des autres déjections, ne sont pas rondes et sèches, mais humides, luisantes et en forme de haricot. Le lapin se procure ainsi la vitamine B dont il a besoin. Le lapin n’est pas un répugnant coprophage !

Il gratte et fouit : c’est qu’il a envie de se creuser un terrier. C’est souvent le cas des lapines en chaleur ou en gestation. Mais ce peut être aussi pour attirer votre attention. “Carotte” gratte dans sa caisse de propreté quand elle y trouve une odeur qui lui déplaît. Les mâles excités grattent aussi le sol, par exemple quand un rival approche.

Le langage sonore

Les lapins sont des animaux calmes et silencieux, mais pas muets. Il suffit d’être attentif.

Il grogne : de petits bruits mécontents rapides et saccadés : le lapin est en colère ; c’est ainsi que la lapine grosse avertit le mâle de la laisser en paix.

Il souffle : c’est toujours signe d’agression. Un soufflement bref peut précéder immédiatement une attaque. Mais cela n’a rien de commun avec le soufflement des chats. Un bref grognement ou grondement ; surtout chez le mâle juste après qu’il ait monté la femelle.

Il couine, faiblement ou plus fort : les petits couinent de peur ou de faim. C’est ainsi qu’une nuit j’ai été réveillée par l’appel au secours d’un nouveau-né que la lapine avait déposé sur mon lit. Il était temps que je remette le petit gelé dans la douce chaleur du nid fraternel.

Il grince des dents, le regard est éteint et voilé, apathie généralisée ; c’est toujours le signe d’une grande souffrance, quand il est atteint par exemple de tympanite. Ne pas confondre avec

De petits bruits de manducation : expression du bien-être, en particulier quand vous lui grattez la nuque. Très variable suivant les lapins.

Un cri suraigu : quand il est saisi de terreur, ou d’une douleur très violente. Par exemple lorsqu’il se fait prendre et mordre à mort par un oiseau de proie.

Des capacités étonnantes

Les lapins sauvages s’adaptent remarquablement et en très peu de temps à tout changement de leur mode de vie. Quelques exemples : Contrôle des naissances : On n’en connaît pas exactement l’origine mais on a pu constater que dans certaines circonstances de grande tension, par exemple quand la nourriture est insuffisante, l’organisme de la lapine se refuse à mener la grossesse à terme. Les foetus meurent dans le corps maternel. Mais l’inverse peut aussi se produire, à savoir que les lapins se mettent à se reproduire à une vitesse accélérée quand ils sont introduits par l’homme dans des régions où ils n’ont pas d’ennemis naturels : ainsi en Australie. En 1859, un émigrant avait amené d’Angleterre une douzaine de lapins domestiques ; ils ne cessèrent de se reproduire et en 1907, ils étaient plus de 100 millions. Au début des années quarante, ils atteignaient 750 millions. Seule l’apparition de la myxomatose, la terrible peste des lapins, endigua cette croissance galopante.

Adaptabilité ; quand il s’agit de trouver leur nourriture, les lapins savent être très inventifs. Ainsi Ses lapins des Iles Kerguelen, dans l’Océan Antarctique, qui avaient su résister à la rudesse du climat, se nourrissaient de choux des Kerguelen – très appréciés des baleiniers – et quand ceux-ci vinrent à manquer, ils mangèrent le varech. On a pu constater, dans les régions marécageuses, que les lapins, qui habitent en général sous terre, construisaient leurs nids en surface, dans des saules creux.

J’espère vous avoir un peu familiarisés avec la personnalité du lapin. Tendresse et compréhension sont les meilleures bases de l’amitié entre l’homme et l’animal.